L’aéroport, un enjeu spirituel ?

Le projet de nouvel aéroport de Nantes se situerait à Notre-Dame des Landes, un nom très symbolique, Notre-Dame qui donne la vie, les landes qui caractérisent une terre, un terroir. Nous ne reprenons pas ici les débats sur les différents arguments devant justifier ce projet (saturation de l’actuel aéroport, bruit, sécurité) ou le condamnant (bilan carbone, coût financier exorbitant), renvoyant le lecteur à l’ouvrage C’est quoi c’tarmac du collectif Sudav, éditions No Pasaran ou au site http://acipa.free.fr.

Ce projet pose aussi des questions de nature spirituelle, que je voudrais introduire, le rapport à la terre et le rapport à l’infini.

La terre
Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder (Gn 2, 15).

Exproprier 2 000 ha de terres arables, cultivées, pour les transformer en un espace dédié à un aéroport c’est poursuivre une tendance continue qui conduit à retirer des surfaces agricoles 1 400 ha chaque année dans le département de Loire-Atlantique, ou l’équivalent d’un département tous les 10 ans au niveau national. Ce phénomène n’est bien sûr pas provoqué par une épidémie d’aéroports, il y a essentiellement les lotissements, travaux routiers et autoroutiers , surfaces commerciales...

Poursuivre cette réduction des terres agricoles, c’est se cacher les yeux devant les processus d’accaparement des terres dans l’hémisphère sud, devant la famine de nombreux pays. Bloquer cette évolution pourrait être perçu comme un blocage du « développement ». Mais pourquoi le « développement » ne pourrait-il pas respecter la terre ?

Le désir de puissance et le refus des limites
Le diable, l’ayant élevé, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux (Luc 4, 5-6).

Le projet initial de l’aéroport, dans les années 1960, était de répondre à l’augmentation du trafic aérien. Aujourd’hui c’est de régulariser les constructions actuelles sur l’ile de Nantes et le sud de Nantes et de pouvoir y construire de nouveaux logements, pour poursuivre la croissance démographique de l’agglomération. Pour maintenir et renforcer, la différence avec les autres villes de l’ouest. C’est le principe de concurrence appliqué aux territoires, la croyance que l’on peut toujours produire plus – ici avoir toujours plus d’habitants – pour gagner des marchés. Les dirigeants municipaux prévoient 100 000 habitants de plus, mais après ? Les autres villes vont aussi continuer à gagner des habitants, il faudra encore grossir ? Dans une période où la population commencera à stagner, vider encore plus les campagnes ? Le refus de considérer qu’il peut y avoir une limite à la croissance et la concentration urbaine (et à la production) n’est qu’une conséquence du refus de considérer que l’homme a des limites, que l’infini n’est pas humain, mais divin. L’homme moderne se croit tout puissant, sans limite, c’est ce qui cause sa perte.

Une quête spirituelle
Une ville n’est pas une entreprise mais un lieu de vie en commun. Une terre n’est pas un objet marchand mais un élément de la création qui nous a été confié par Dieu. Les deux sont des biens communs dont nous devrons répondre. Comme le rappelle le Pape (1) « L’Eglise a une responsabilité envers la création et doit le faire valoir publiquement aussi. Ce faisant, elle soit préserver non seulement la terre, l’eau et l’air comme dons de la création appartenant à tous, elle doit aussi surtout protéger l’homme de sa propre destruction ». La conférence des évêques de France a récemment publié l’état de sa réflexion sur l’écologie (2) : « Notre humanité a besoin de gens responsables et solidaires […] réconciliés avec leur condition d’enfants de la terre. Elle a besoin de vrais jardiniers ».

Et l’on revient ainsi à l’homme et à sa quête spirituelle. Christoph Theobald, sj (3) propose d’appeler spirituel une qualité d’existence que tous cherchent et trouvent parfois. La dimension spirituelle, c’est l’esprit de Dieu qui fait vivre et anime de l’intérieur toutes choses et tous les êtres. Cette quête de qualité de l’existence est incarnée, dans leur corps même, par les grévistes de la faim qui demandent le droit de continuer à vivre de leur travail sur leurs terres. Le 6 mai ils ont cessé leur grève mais toutes ces questions restent en suspens.

Un groupe de membres de l’atelier, 5 mai 2012

(1) Benoît XVI, Caritas in veritate, §51

(2) Conférence des évêques de France, Enjeux et défis écologiques pour l’avenir, III, 3, éd. Bayard/Cerf/Fleurus-Mame, 2012

(3) Intervention à la rencontre de la famille ignacienne, septembre 2011, Lourdes