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En marche vers une « économie patiente »

Dans les années 70, une entreprise avec une rentabilité de ses capitaux de 5%, était une entreprise performante et attractive. Or depuis les années 80, et pas seulement dans ce qu’on a appelé les « start-up », ou bien dans l’immobilier, il a fallu faire maintenant « du 10 voire du 15 % ». Une firme n’hésitait donc plus à se séparer du tiers de ses salariés pour passer de 4% à 8% de rentabilité !! On ferme donc aujourd’hui des entreprises qui vont bien mais que des actionnaires trouvent trop faibles en terme de profit financier... et on voudrait me faire croire que ce n’est pas justement cela qui n’allait pas, et précisément cette aberration qui est la vraie crise ?

La crise, c’est ce profond désordre économique qui se déroulait avant, jusqu’en début 2008... avant qu’on s’aperçoive que ça ne pouvait plus durer bien longtemps, que la finance était en train de nous mener dans le mur en plus d’avoir « mangé » une partie de notre épargne !!!
Cette finance qui, au lieu d’être un formidable levier pour la création d’activités, est devenue un but en soi, un objectif stérile, celui de payer toujours plus, plus vite et mieux... les actionnaires !

Alors le bon sens, c’est de se dire « pourvu qu’on n’y revienne pas ! »... et non pas comme on l’entend encore bien trop souvent « quand est ce que ça va s’arrêter ? Mi 2009, fin 2009, en 2010 ? »

Eh bien non, face à ce qu’on a appelé la crise, il va nous falloir juste 3 choses : avoir la lucidité de la reconnaître pour ce qu’elle était - un vrai désordre économique antérieur -, puis avoir la volonté de dire STOP ! et enfin apprendre tous, avec courage, à tricoter de nouvelles réponses ! Et ces réponses seront, pour partie, celles de l’économie patiente. Des solutions qui, par exemple, auront besoin de 2 générations pour faire fortune et non 6 à 10 ans comme l’ont fait les « golden boys » encore jusqu’à ce printemps ! Mais avec le philosophe Jacques Ellul on peut se demander si on saura « ralentir le pas de l’économie » ? Par exemple payer le vrai coût de la rapidité des déplacements. En effet, nous sommes aujourd’hui, dans une culture de « l’énergie facile », qui permet donc d’en consommer beaucoup pour aller plus vite... mais demain ? Qu’est-ce qui sera vraiment important : ce que l’on compte ou ce qui compte ? C’est bien la question que pose Patrick Viveret, philosophe et économiste quand il propose de « reconsidérer la richesse »

Il faut donc saisir l’opportunité des vraies fissurations du système, pour remettre les règles à leur bon niveau : qu’est-ce qu’il y a de plus urgent à faire que de redistribuer mieux le gâteau planétaire et ses ressources ? En commençant par l’épargner, par le protéger de notre gaspillage actuel... donc en allant plus lentement !

Il est urgent de se hâter lentement vers des démarches de rupture, qui ne sont que démarches de responsabilisation ! Par exemple reprendre nos projets économiques sur la base de l’interpellation prophétique de Gandhi, « vivre simplement, pour que tous puissent simplement vivre ». Voilà bien la rupture que permettra une économie plus patiente !

Alors quels actes symboliques allons nous poser ?
Si nous ne nous sentons pas bien le courage de lancer fermement cette rupture de l’économie patiente, laissons Francis Blanche nous provoquer, lui qui lançait il y a trente ans : « Arrêtons de changer le pansement, pour penser le changement ! »

Pour RCF Savoie